Beaucoup se posent des questions sur l'univers, le pourquoi du comment de la vie, les raisons, les conséquences, mais pour quelqu'un qui aurait une vie semblable à la mienne, tout ceci ne serait que futilités. Pour moi, il n'y a que les gosses de riches qui peuvent se permettre de réfléchir autant, les autres, ceux qui connaissent la misère, la souffrance, les galères, eux, ils sont bien trop occupés à tenter de survivre au lendemain, à l'instant présent pour s'occuper du reste. Je fais parti du lot. Je m'appelle Faith Owens et j'ai dix-sept ans. Qui j'ai été pourrait intéresser bien des éditeurs, l'histoire de ma vie ferait scandale j'imagine, mais je n'ai jamais aimé qu'on se retourne sur mon passage, qu'on me montre du doigt, comme si j'étais spéciale. J'ai eu ce qu'on peut appeler une vie de merde, mais je ne me pose pas en victime pour autant. Violée par une bande de jeunes alors que j'avais à peine treize ans, j'ai vite compris que je ne devais pas attendre qu'on me tende la main pour m'en sortir. Si je voulais m'en sortir et avoir une chance de tenir le coup dans ce monde de brutes, j'allais devoir me battre avec les moyens du bord, avec les forces que j'avais, aussi maigres soient-elles. Je n'ai jamais fais confiance à personne, mes deux meilleurs amis mis à part. Samuel Fanders et Jessica Tilman, ils sont beaucoup plus que des amis, ils sont ma famille. On ne se mêle pas les autres et les autres nous le rendent bien. On n'est pas exactement ce qu'on appelle de nos jours des sans abris, mais nous n'en sommes pas loin. Le soir, il n'y a personne qui nous attend pour nous demander si nous avons passé une bonne journée, personne pour nous border le soir ou nous rassurer quand nous avons peur. Nous sommes seuls tous les trois, et c'est très bien ainsi.
Une nouvelle journée qui commence. Une journée à supporter tous ces gosses de riches dont la seule préoccupation et de savoir quel est le dernier vêtement à la mode où la dernière chanson qui vient de sortir. Pour tout l'or du monde, jamais je ne voudrais leur ressembler. J'ai une vie de merde, je dois bosser comme une dingue en sortant du lycée, alors que je n'ai qu'une seule envie me laisser tomber sur mon lit et de fermer les paupières, mais ma seconde vie m'attend. Je suis lycéenne le jour, et gogo danseuse le soir. Un travail qui est loin d'être glorieux, mais quand on a pas de parents, il faut bien payer les factures. Mon réveil sonne et j'ai l'impression qu'un camion est en train de passer sur mon pauvre corps épuisé. Un bras me secoue légèrement pour me réveiller et je rabats les couvertures sur ma tête. Je veux encore garder les yeux fermés, quelques secondes en tout cas.
JESSICA : Faith, fais pas semblant de dormir, je sais que tu es réveillée.
MOI : Laisse moi tranquille, je dors !
JESSICA : Je sais bien que tu es fatiguée, mais si tu ne te lèves pas très vite, on va finir par se faire virer. Tu n'as pas oublié l'accord qu'on a avec Samantha j'espère ?
MOI : Alors que Sam et toi me le répétez nuit et jour ? Je sais bien que si on sèche un seul cours, on devra aller dans des foyers.
JESSICA : Sam, toi et moi on ne veut pas être séparés. Tu te rappelles le serment ? On restera meilleurs amis et ensemble pour la vie.
MOI : Je le sais tout ça et je n'ai aucunement l'intention de faire l'école buissonnière, je veux seulement dormir encore quelques instants.
JESSICA : Je vais préparer le petit déjeuner, quand je reviendrai, il vaudrait mieux pour toi que tu ais pris ta douche et que tu sois prête, sinon je me verrais obligée d'employer les grands moyens.
Alors que je prenais mon courage à deux mains pour me lever et me préparer, Jessica venait de rejoindre Sam dans la cuisine.
JESSICA : Bonjour beau gosse de mon c½ur ! Bien dormi ?
SAMUEL : Salut ma puce. En fait j'étais en train de réfléchir.
JESSICA : Aïe. Tempête à l'horizon ?
SAMUEL : On peut pas continuer à vivre comme ça Jess. On vit dans un appart misérable alors qu'on trime comme des malades tous les soirs. C'est pas sain comme vie.
JESSICA : Est-ce qu'il est vraiment nécessaire que je te rappelle qu'on a aucune famille ? C'est la vie qu'on mène actuellement ou le foyer et je ne pense pas qu'il soit utile de préciser que les chances qu'on a de rester ensemble sont nulles.
SAMUEL : Je pourrais arrêter le lycée et trouver un vrai travail.
JESSICA : Ne soit pas stupide, tu es le plus intelligent de nous trois. Il est hors de question que tu mettes toutes tes chances de faire quelque chose de ta vie Sam, je ne te laisserai pas faire tant que je serai vivante.
SAMUEL : Alors quoi ? On continue comme ça ? Faith ne tiendra pas longtemps, tu le sais aussi bien que moi. Faire le travail qu'elle fait avec un passé comme le sien, j'ose même pas imaginer, ce qu'elle doit endurer.
JESSICA : Qu'est-ce qu'on peut faire alors ? Et ne me parle pas d'arrêter tes études, sinon je risque vraiment de me mettre en colère.
SAMUEL : Samantha pourrait peut être nous aider. Elle a toujours été de notre côté après tout ...
JESSICA : On a eu cette conversation avec elle des milliers de fois, je ne vois pas pourquoi elle nous dirait quelque chose de différent cette fois. Non, l'idéal, c'est qu'on ait quelqu'un de notre famille encore vivant qui pourrait nous aider.
Jessica regarda fixement Samuel sans rien dire.
SAMUEL : Je sais très bien à quoi tu es en train de penser et tu peux oublier cette idée tout de suite.
JESSICA : Mais pourquoi ? Tu as un frère qui vit à deux heures d'ici. Tu es le premier à dire qu'on a une vie pourrie et alors qu'on a un moyen de changer les choses, tu te fermes comme une huitre.
SAMUEL : Tu ne connais pas Justin.
MOI : On peut savoir pourquoi vous hurler comme ça tous les deux ?
JESSICA : Justin.
MOI : A sept heures du matin ? Vous auriez au moins pu attendre que le petit déjeuner soit terminé.
JESSICA : Merci de ton soutien.
MOI : Oublie cette histoire de soutien une seconde et arrête de te montrer aussi bornée. Si Sam refuse de demander de l'aide à Justin c'est qu'il a ses raisons. En plus, demander de l'aide sur ce plan là, je crois pas que je pourrais moi non plus. On trouvera un autre moyen, ça fait deux ans qu'on vit comme ça et on s'en sort plutôt pas mal je trouve.
SAMUEL : Est-ce que je dois te rappeler que tu fais un job que tu détestes plus que tout au monde ?
MOI : J'aime pas ce que je fais comme boulot, c'est vrai, mais on peut pas tout avoir dans la vie. Je sais que vous vous en faites beaucoup pour moi tous les deux, mais il ne faut pas, tout ça, c'est provisoire. Dites vous que les choses changeront bientôt et que notre vie sera meilleure et la vie vous semblera bien plus belle.
JESSICA : Ma chérie, il faut vraiment que tu arrêtes la picole, ça te va très mal.
MOI : Arrête, j'ai pas bu, j'essaie de positiver. Geindre en se disant qu'on a une vie de merde toute la journée ne changera rien du tout, au contraire, si on veut tomber dans la dépression, je pense même que c'est un excellent moyen d'y arriver. Comme on dit, la route tourne, elle finira bien par tourner en notre faveur un jour ou l'autre.
JESSICA : Et a ton avis ce jour arrivera avant qu'on atteigne notre cinquantième anniversaire ?
SAMUEL : Arrête l'ironie Jessie, je pense qu'il n'y a pas que du faux dans ce que vient de dire Faith, bien au contraire. Si on pleure sur notre sort, on s'en sortira jamais, alors que si on s'y met vraiment tous les trois et qu'on se bouge le cul, on peut y arriver.
JESSICA : Je veux bien, mais comment on s'y prend ?
MOI : On pourrait commencer dès ce soir à chercher un travail à mi-temps digne de ce nom ?
JESSICA : On a pas trop le choix je crois. Sam ?
SAMUEL : Ça marche pour moi. Je vous en fais la promesse les filles, bientôt on vivra dans une somptueuse villa, on aura une limousine personnelles et des personnes sous nos ordres qui obéiront à chacun de nos caprices.
Nous éclatâmes de rire, tout en rêvant de ce que serait cette vie si elle venait un jour à devenir réalité.
Que pensez-vous de cette première scène ?
De la complicité Jessica - Samuel - Faith ?
De la vie qu'ils mènent ?
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